Genèse du projet

Mot de l’artiste :

15 mars 2020.

Emmanuel Macron décide de confiner la France entière et nous pénétrons dans un nouveau monde, étrange, inédit : celui du temps enfermé, du temps étouffé, du temps ralenti.
Ma famille se regroupe dans notre maison de Bois le Roi et chacun tente de trouver sa place dans cette nouvelle organisation de colocation systématique un peu forcée.
Une heure et un kilomètre, voilà tout ce qui nous est proposé pour respirer, sortir, souffler.
Alors je me mets à arpenter les rues de mon quartier.

Encore, et encore, et encore.

Photographe, il me semble évident de sortir avec mon appareil et je commence à immortaliser ces rues, désertes, immobiles, nostalgiques.
Je développe une passion pour les câbles électriques, les nuages et les pissenlits.
Autant de minuscules détails qui m’avaient jusqu’alors échappé.
Si l’enfermement contraint, il libère, aussi.
Chaque jour, mon œil s’aiguise un peu plus sur la beauté des petites choses, des petites vies, des petits riens.

Et germe en moi une idée, une envie. Celle de réaliser un reportage photographique sur ma commune au temps du confinement.

Une série documentaire.
Pour garder une trace.
Pour avoir quelque chose à répondre, à montrer, quand on me demandera « mais en fait, c’était comment, ce confinement ? ».
Parce que c’était dur, souvent.
Mais que c’était beau, aussi.
Des flaques reflétant un ciel bleu vide de toute trace d’avion.
Des chants d’oiseaux forts comme jamais.
Des rues désertes et désertées.
Un calme fascinant, souverain, absolu.
Et l’intensité de cette vie en vase clos.
Je me suis demandé comment vivaient les autres, dans cette période si atypique.
Beaucoup étaient confinés en famille.

Un jour, j’ai pris mon appareil et mon masque.
J’ai erré dans les rues.
J’hésitais à oser.
Mais je me suis lancée.
J’ai sonné à une porte.
Puis deux.
Puis trois.
Au hasard très souvent, chez des copains parfois.
J’ai proposé à tous.
Une photo, un souvenir.
Nombreux sont ceux qui ont dit non, c’est vrai.
Mais plus nombreux encore sont ceux qui ont dit oui.
Et leur joie de poser, en famille ou entre voisins, était palpable.
Dans leurs yeux, le bonheur d’être là, réunis.
La conscience de leur chance, aussi, de ne pas être enfermés dans une grosse ville sans ouverture sur le ciel ou sur ce printemps sublime.

Bois-le-roi confinée a repris à mes yeux ce que la modernité, petit à petit, lui avait retiré : son aspect de « village ».

Petits commerces indispensables, jeunes à l’écoute de nos « anciens », agents au service du public, petits réseaux de « petites mains », nombreux, généreux, et si fiers de bien faire.
Une commune, mais surtout, à nouveau, une communauté.
C’est, je crois, ce que la mairie de Bois le roi a aimé dans mon projet.
Et c’est ce que nous avons voulu retranscrire au travers de cette déambulation photographique que nous vous proposons aujourd’hui.
Dans les quartiers, près des écoles, promenez-vous et laissez remonter en vous cette sensation de déjà vu, de déjà perçu.

Car CONFINE.E.S c’est vous !

Ce sont vos lieux et vos visages.

C’est le village de Bois le Roi où, ensemble, nous aimons tant vivre.