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Bienvenue sur le site web de l’exposition photo « Confiné·e·s » proposée par l’artiste Babeth Aloy en association avec la commune de Bois-le-Roi.

Du 21 décembre 2020 au 28 février 2021, 20 tirages très grand format seront accrochés dans les rues de la commune, afin de vous permettre de découvrir le fruit de sa série documentaire, réalisée dans les rues et auprès des habitants de Bois-Le-Roi durant le confinement de mars 2020.

L’emplacement des photos est matérialisé par le plan disponible en index « Où trouver les photos dans Bois le Roi », et chaque photo installée est dotée d’un QRCode vous permettant d’accéder directement au site, et donc au trajet de la déambulation.

Des textes de l’auteur, inspirés de ses images, sont également en ligne sur le site : il vous suffit de dérouler les photos sur votre écran pour les découvrir.

La ville vous proposera également plusieurs animations autour de cette exposition déambulatoire, toutes les infos seront mises en ligne prochainement.Nous vous souhaitons une belle balade au cœur du village bacot.

00. Portrait masqué

5h du mat.
J’ai des frissons, je claque de dents et je monte le son ?
Non …
En réalité j’erre.
Je tourne en rond dans la maison.
Et le silence me rend nerveuse.
J’ai mille angoisses, mille idées creuses.
J’inspire.
J’expire.
Je baille et je me frotte les yeux.
Que faire de cette aube vide ?
De cette sensation oppressante ?
Rien.
Juste une image.
Comme une trace dans la fin de la nuit.
Un autoportrait.
Confinée et masquée.

01. L’agenda vide

Un rendez-vous.
Un truc à faire.
Un plan, un verre.
Une activité ordinaire.
Et puis soudain plus rien.
Le vide.
L’absence.
Cet agenda dans le silence.

02. Famille en équilibre

Il y a celle qui court, celle qui roule, celle qui danse.
Celui qui rit, qui chahute, qui arpente.
Il y a même celui qui aboie, plus loin, mais toujours là.
Il y a surtout cette unité.
Et cet amour, plus grand que tout.
Cet équilibre si fort, si fou.

03. Famille au fil à linge

Je sonne à leur portail.
Ils sont un peu surpris.
Plus personne ne fait ça,
Passer, un jour, comme ça.
Ils ouvrent néanmoins.
Ils disent oui, ils aiment bien.
L’idée d’un souvenir.
Même de loin.
Même pour rire.
Le linge est sur le fil.
Suspendu, indécis.
Un peu comme nos cœurs.
Un peu comme nos vies.
Il sèche.
Nous aussi.
Alors le temps d’un clic, ou plutôt d’un déclic,
Ils sourient et j’appuie.
Et les voilà un peu, un instant, réunis.

04. Famille au portail

C’est la guerre des boutons.
Tous en rang, tous au front.
Chevaliers au portail.
Fratrie au cœur de lion.
C’est la photo sans date.
Un peu floue.
Sans épate.
C’est le temps ordinaire.
La vie simple et sincère

05. Fleur de bitume

Entre les murs,
Solide,
Solaire,
Contre toute attente,
Elle pousse.

06. Viser le ciel

Aux premiers jours du confinement, j’ai retourné la maison pour les retrouver.
Les craies de trottoir.
Que j’aimais tant dans mon enfance.
Je suis sortie en sabots dans la rue, et j’ai tracé, tracé, tracé.
Comme un morceau d’espoir.
Cette marelle colorée a accueilli nos premières inquiétudes, nos premiers besoins d’air, nos premiers rires, aussi.
Juste devant la maison on a sauté, lancé, perdu ou gagné.
On a surtout renoué avec nos rires d’enfants.
On a visé le ciel, ensemble, toujours, tout le temps.

07. Sur les rails

On rêve d’un grand voyage.
Prendre un train pour Venise ?
Partir sans grands bagages,
Et sans envie précise.
Ces rails du quotidien,
RER du matin,
Sont aussi ceux, plus rares,
De trains vers de grandes gares.
Dans ce temps immobile,
Cette rêverie sans mobile,
Il faut être patient.
Un jour, un autre quai.
Un jour, bientôt, attends …

08. Roman et Rosie

Tu feras quoi quand tu seras grande Rosie ?
Quel genre de rêves, de délires ou d’envies ?
Est-ce que tu te réfugieras
Auprès de ton père, dans ses bras ?
Est-ce que le banc sera toujours là,
Dans un coin du jardin, comme ça ?
Est-ce que tu te rappelleras
De moi, qui passait un jour par-là ?
Est-ce que cette photo te suivra,
Comme un souvenir, précieux ou pas ?
Je sais que le temps va courir,
Et transformer ton joli rire.
L’envie me vient de te figer,
Dans ton enfance à tout jamais.

09. Voisins en papote

On met des masques.
De la distance.
On est prudents.
Mais quelle douleur cette solitude …
Alors quand parfois on se croise, sur le trottoir, en jardinant,
C’est si bon de prendre le temps, de papoter entre voisins.
Lorsque je surprends ce moment,
Et leurs sourires de presqu’enfants,
Je suis moi-même émerveillée.
Ces petites rues, ces petits mots,
C’est doux, c’est frais.
C’est mon village.
C’est les bacots.

10. Le ping-pong

Raquettes abandonnées.
Pas une balle, pas un bruit.
La terrasse est bien vide
Quand soudain je la vois.
Impassible, elle se lèche
Tranquillement les babines.
Installée dans son coin,
Comme une star, l’air de rien.

11. Pas un chat

Peut-on être plus déserte qu’un désert dans la vie ?
Quand mes pas me conduisent dans cette rue, je pense « oui ».
Il n’y a vraiment personne dans l’impasse, pas de vie.
Et sur ce terrain vague, ce béton pas construit,
Le temps semble figé et les hommes disparus.
Comme une surface lunaire, aride, et sans amour.
C’est alors qu’il arrive, félin lent et lascif.
Pas un chat dans la rue ?
Si, ce matou velu.

12. Le pissenlit

Petite madeleine de Proust,
Invitation au souffle,
Saveur de notre enfance,
Ses pétales comme des plumes.
En le voyant au sol,
Nonchalant mais bien là,
L’envie me prend au vol.
Il suffira d’un vœu,
D’une bouche qui s’arrondit,
De cet air que j’expulse
Et tu rejoins les cieux.

13. Rue de Seine

Suspendus,
Un peu lâches,
Ils attirent mon regard.
Tous les jours.
Tous les soirs.
Cette rue m’attire, m’aimante, me berce.
Le nez en l’air, j’avance, j’arpente.
Je descends vers la Seine.
Si paisible, si sereine.
Je respire.
Mon cœur bat.
J’entends le léger bruit
De ma marche, de mes pas.
C’est ici que je vis.
C’est tout ce que je vois.
Ces câbles me fascinent,
Me lient à l’invisible.
Ces câbles me relient
A ce moment précis.
Ces câbles sont la preuve
Que le ciel nous survit

14. Ciel de traîne

Il y a du rose, du mauve, du bleu.
Ca s’embrase gentiment,
Ca se croise, ça s’étend.
Il y a cette texture,
Mousseuse, barbe à papa,
Ces nuages dans l’azur,
Si limpide ce soir-là.
Rien qu’à le regarder,
Je respire déjà mieux.
Quand on est enfermés,
C’est le cadeau des cieux.

15. Feuille de route

Ce printemps-là est en technicolor.
Tout fuse et accroche le regard.
Les bleus, les verts,
Tout, du ciel à la terre.
Je ne sais plus marcher en regardant mes pieds.
Je suis le nez en l’air, tout le temps, ça me libère.
La nature nous fait don de cet immense cadeau :
Avec elle, tout est fou, tout est grand, tout est beau.
Il n’y a rien à payer, à changer, à comprendre.
Il y a juste à rêver, à recevoir, à prendre.
Tout est parfait.
Et tout est juste.

16. La grille

On ne peut plus la pousser.
Plus entrer.
Plus l’ouvrir.
Tout est bien verrouillé par un cadenas antique.
Pourtant sa fermeture recèle une poésie.
Elle a cet abandon, cette présence paisible.
Comme une invitation à s’arrêter, aussi.
Elle a la nostalgie de ce qui est perdu.
De ce qui ne sera sans doute jamais plus.
Elle porte ce numéro, qui dit que tout est vain.
Alors je me retourne et poursuis mon chemin.

17. La chaise vide

Sur la terrasse, aucun ami.
Personne ne passera.
Ni verre, ni café.
La chaise restera vide.
Tous ceux qui passent dans ma rue la voient.
Posée sur la terrasse.
Solitaire.
Eplorée.
Elle attend la chaleur.
Elle attend l’amitié.
Elle attend que la vie, un jour, reprenne son cours.

18. Ombres chinoises

La nuit tombe sur ces rues.
J’ai dépassé mon heure.
Tant pis, tant mieux, de toutes façons je n’en peux plus.
J’ai besoin de marcher.
D’être seule.
J’ai besoin d’oublier, de m’oublier moi-même.
Je veux déambuler.
Marcher sans but, sans frein.
Laisser tomber la nuit.
Laisser monter les ombres.
Ces tout petits détails qui forment une image.
Légère et découpée, comme des ombres chinoises.

19. Marin d’eau douce

Ce visage dans la glace.
C’est toujours un peu toi.
Pourtant cette moustache,
Ce look de vieux motard,
C’est comme un étranger
Que je croiserais chez moi.
Je te vois et je ris,
Surprise et attendrie.
C’est toi mais différent.
C’est toi en confinement !